A – HISTOIRE DE NOSY-BE
Si Nosy-Bé est très riche en histoire en raison de sa position géographique, cette Île possède une baie d’Ampasindava qui est le meilleur mouillage de l’océan Indien et le mieux protégé des Alizés et des cyclones. C’est pourqoi Nosy-Bé depuis l’an 800 intéresse les marins de tout bord. Depuis cette année les Marins Arabes visitaient de façon épisodique Ambanoro.
Vers l’an 900, les Arabes avaient construit la cité fortifié de Mahilaka au fonds de la baie d’Ampasindava, une construction qui a duré cent ans de travail, 2 Km de longueur, 1 Km de largeur et 4 m de Hauteur, et ils avaient construit également un comptoir commercial annexe de Nosy Mamoko (Iles Ambariotelo) où des vestiges sont encore visible actuellement (Site Culturel et Archéologique à visiter).
Vers l’an 1400, les Indiens et les Arabes se fixent à Ambanoro, qui prospère grâce par la suite au trafic des esclaves. Des commerçants indiens et arabes avaient installé un comptoir commercial à Ambanoro ou « Marodoka » = beaucoup de boutique où des ruines sont encore visibles.
A la fin de 18 ème siècle et au début de 19 ème siècle, Radama I (Roi des Merina) voudrait l’unification de Madagascar, il envoyait 20.000 soldats pour capturer Andriantsoly (Roi des sakalava) à Majunga. Mais 15.000 soldats étaient tués, donc Radama I a tiré une bonne leçon de son échec, c’est pourquoi il faisait appel aux Anglais pour former ses armées. L’armée de Radama I était la première armée professionnelle de l’Afrique durant cette période. En 1824, il descendait encore une fois à Majunga pour une dexième attaque, Andriantsoly a vu sa première défaite. Une deuxième défaite après la révolte montée par des chefs de clans sakalava contre les soldats de Radama I qui aboutissait finalement à l’échec. Troisième échec du Roi Andriantsoly était à Anorontsanga, puis il quittait définitivement Madagascar pour se réfugier à Mayotte. Après le départ définitif de son oncle, la très jeune Reine Tsiomeko a pris le pouvoir en 1836. Tsiomeko était née à Maropapango en janvier 1828, de la princesse Tahosy, nièce d’Andriantsoly. A ce moment, Ohantitsy était reine des sakalava, Tahosy mourut le 10 Octobre 1835, et Ohantitsy elle même mourut peu après, le 13 mars 1836. Tsiomeko, une petite fille de 9 ans, seul rejeton de la branche zafimbolamena bemihisatra, fut proclamée reine le 05 avril 1836. L’origine du nom de Tsiomeko ( je ne donne pas ) serait la suivante : dans le kabary qui suivit la mort de Ohantitsy, Tsimandroho ( Roi zafimbolamena bemazava de vohémar) qui intriguait pour lui succéder, ayant voulu s’emparer du siège royal, la jeune fille protesta contre cette prétention en déclarant d’un ton d’autorité « Tsy omeko », « je ne donne pas ». Et les sakalava lui conservèrent ce nom. L’histoire de Nosy-Bé peut commencer en 1837, parce que Tsiomeko, reine des sakalava, se réfugie à Nosy-Bé à cette époque. Elle avait débarquée à Mahatsinjo, le lieu où se trouve l’énorme Ficus Réligiosa actuel planté par les karany pour marquer le lieu de sa première installation, puis elle se replia à Senganinga et ensuite à Nosy Komba. Elle amène à Nosy-Bé 12.000 sakalava (guerriers et chefs de clan) avec elle. Le 30 septembre 1837, les soldats de Radama I tentent en vain un débarquement à Nosy Komba. C’est pourquoi, le 01 mai 1839, la reine Tsiomeko ‘installe définitivement à Nosy-Bé.
Le 19 septembre 1839, le navire français « Colibri » commandé par Le capitaine Passot mandaté par L’Amiral De Hell arrivait à Nosy-Bé pour rechercher un bon port. La Reine Tsiomeko profitait pour lui demander la protection de la France, Passot s’en alla donc informer Hell, gouverneur de l’Île de Bourbon (La Réunion) et revint à Nosy-Bé pour la signature le 14 juillet 1840, d’un traité par lequel la reine Tsiomeko et les chefs de clans sakalava faisaient cession au Roi Français Louis Philippe des Îles de Nosy-Bé et Nosy Komba et abandonnaient à la France tous les droits de souveraineté sur la côte occidentale de Madagascar, depuis la baie d’Ampasindava jusqu’au cap Saint Vincent. Et le chef lieu de lÎle prit alors pour nom Hell-Ville qui a été conservé jusqu’à ce jour. Le 05 mars 1841, les Français prennent officiellement possession de Nosy-Bé en mettant en place le commandant Marshaise.
Une ordonnance de 1843 réunit les Îles de Nosy-Bé, Mayotte et Sainte-Marie sous la dénomination de « Nosy-Bé et dépendances ». En juin 1843, la Reine Tsiomeko mourrait en couches, laissant un garçon, appelé Ranou. Reine Tsiomeko fut inhumé à Mahabo d’Ambalarafia. Pendant les six années suivant le décès de la reine Tsiomeko, Nosy-Bé connut de nombreux troubles. Des sakalava de la branche bemazava prirent parti avec leur Roi Tsimandroho contre la présence française parce qu’en Août 1848, sur ordre de paris, le commandant de Nosy-Bé proclame la libération des esclaves, mais seulement pour Nosy-Bé et Nosy Komba. En 1849, un mécontentement des chefs de clans sakalava naquit après la proclamation officielle de l’abolition de l’esclavage. Ils fomentèrent des révoltes et en juin 1849 des pirogues sakalava tentaient de prendre l’assaut, de nombreux villages sont attaqués et brûlés les troupeaux et les gens enlevés, le lieutenant Cotey est tué entre Hell-Ville et Voririky, le Roi Tsimandroho s’y joint, mais la petite garnison française et les sakalava demeurés fidèles repoussèrent cette attaque.
En 1851, des mercenaires Betanimena à la solde du Gouverneur d’Anorontsanga tuent le Roi Tsimandroho à Tafondro.
Le jeune fils de Tsiomeko ne régna pas. La Reine Safy Mozongo fille cadette du Roi Andriantsoly et cousine de la Reine Tsiomeko devint la nouvelle souveraine des sakalava bemihisatra d’Ampasimena( 1860-1880). A sa mort, en 1880, lui succéda sa fille aînée la Reine Binao (1880-1923). En 1883, les Français commençaient une guerre d’expédition punitive contre les Merina, les forts d’Anorontsanga et d’Ambodiladiro sont bombardés et détruits, puis Majunga est pris à son tour avec l’aide des guerriers de la Reine Binao. En 1895, les Français lançaient encore une guerre d’annexions et de conquête coloniale contre les Merina toujours avec l’aide de la Reine Binao, en 1896 le Général Galliéni était nommé par la France comme gouverneur de Madagascar. La Reine Binao régna jusqu’à sa mort en 1923, son frère Amada I lui succéda (1923-1963).Amada I fit bâtir un nouveau Mausolée « Mahabo Manongarivo », où les restes de la Reine Binao furent tranférés en 1938.
Le Roi continue toujours à régner à Nosy-Bé jusqu’aujourd’hui, maintenant c’est le prince Amada II. Mais, il n’a plus de pouvoir politique, ni économique et judiciaire, par contre son influence reste encore assez importante. Il est le gardien de la tradition et de la culture du peuple sakalava.
Il existent à Nosy-Bé trois Mahabo à savoir Ambalarafia, Mitsinjoarivo et Manongarivo. La Reine Tsiomeko fut inhumée au Mahabo d’Ambalarafia, Safy Mozongo au MahaboMitsinjoarivo et la Reine Binao et Amada I au Mahabo Manongarivo.
B – CULTURE ET COUTUME DES SAKALAVA
1 – Croyances des sakalava :
Pour les sakalava, le Roi ne meurt jamais mais il se réincarne. C’est pourquoi, le Doany où vivent les Rois vivants et Mahabo où vivent les Rois défunts ont à peu près une même structure organisationnelle. Il y a le Manantany, le Fahatelo, les Rangahy, l’Ampitambaravarana et les sambarivo (andevo= esclave).
Le coutume veut que le sang d’un Roi ne soit pas versé et qu’à sa mort, il soit inhumé dans un tombeau avec des serviteurs vivants et morts pour le servir. Cette pratique a été déjà aboli par les Français pour la défense des droits de l’homme.
Tromba c’est la réincarnation vivante des rois ou des reines défunts. Quand une reine ou un roi a été décédé, il sera peu de temps après intronisé sur la tête d’une personne normale. Le Tromba est un intermédiaire entre les vivants et le Dieu « Zanahary ». Avant de fréquenter les lieux sacrés « Tany Masina » comme « Arbre Sacré », normalement il faut d’abord consulter les Tromba et avoir leurs bénédictions. Dès fois le Tromba devient un guérisseur, il donne des médicaments aux patients à base des plantes. Par contre, Moasy est une personne ayant un don naturel pour traiter les malades à base également des plantes mais il utilise des matériels qui s’appellent « Sikidy ». Lorsqu’une personne est malade, elle va trouver un Moasy ou Mpisikidy pour connaître les causes de sa maladie et les médicaments « fanafody » à y apporter. Le « Sikidy » est un jeu de nombre réduit à sa plus simple expression.
Un lieu sacré est un lieu de prière, où l’on vient pour demander bénédiction, richesse, santé et progéniture. On pourra faire un vœux, s’il se réalise on fera des offrandes, obligatoirement des tissus avec des couleurs rouges et blancs, rhum ou « Toaka gasy », « lobaka hosoko» ou « paraky gasy» et à titre facultatif les bœufs, les parfums etc…
Pour les sakalava, il y a une différence entre le Fady et le Faly. Le Fady peut être enlever par contre le Faly ne peut pas être enlevé en raison de son caractère sacré.
Les bracelets en or sont réservés uniquement aux rois ou à la famille royale, seuls les bracelets en argent sont réservés aux gens du peuple. A chaque type de confection d’un bracelet que ce soit en argent ou en or a une signification particulière par exemple contre les esprits maléfiques, richesse, progéniture etc…
2 – Funérailles sakalava :
Pour les gens du peuple, dès que la mort est constatée, la famille fait prévenir tous les autres parents, et prend immédiatement le deuil. Les hommes et les femmes défont les tresses de leurs cheveux et les embroussaillent le plus possible. Les bœufs sont tués tous les jours, et tous les invités et toute la famille en mangent avec du rhum ou « Toaka gasy». Après avoir lavé le corps, les orteils et les pouces sont attachés ensemble par un brin de raphia. On le revêt ensuite de ses vêtements ordinaires, puis on l’enveloppe dans une fine rabane de raphia, puis les autres creusent le cercueil et la tombe. On choisit un arbre d’essence inattaquable aux vers comme le « voamboana ». Avant de l’abattre, on verse au pied un peu de « Toaka » et on prononce une invocation, et après on l’abat. Lorsque le cercueil est terminé, on l’apporte, non dans la maison mortuaire, ce qui est fady, mais sur le lieu de la sépulture établi assez loin du village. La fosse est obligatoirement orientée de l’Ouest à l’Est. Elle a environ 2m30 de long, 1m20 de large et 2m de profondeurs.
Pour les Rois ou les Reines, lorsqu’ils sont morts , on dit que la terre est brisée « folaka ny tany », ou que le Roi a dégringolé « Mihilana ». Les femmes font des tresses à leurs cheveux et s’épilent tous les corps. On s’abstient de se parer de bijoux, chacun doit s’habiller d’un lambahoany . Comme pour les gens du peuple, après avoir lavé le corps, les orteils et les pouces sont attachés, de plus la bouche remplie de l’Or est bandée, au lieu de se servir de brin de raphia, on emploie de lanières d’une étoffe en soie appelée « Dalahany », on enveloppe le cadavre dans des pièces de soie longue de 6 à 10 m appelées « Sobahia ».
Pendant tout le temps des funérailles, on bat sans interruption les « Magnandria ». On tue des bœufs et tous les invités et toute la famille en mangent avec des « Toaka ». Des coups de fusil sont tirés sans interruption. Un certain nombre de personnes se sont dirigées vers « Mahabo ». Les charpentiers les plus habiles sont requis pour faire le cercueil. Il est creusé dans le tronc de « Sohihy », arbre qui de ce fait n’est jamais employé pour le « Tamango » des gens du peuple.
Chez les sakalava, le cercueil comprend toujours un « lahiny » et un « vaviny ».
Chez les sakalava, une branche est dite volamena (Or) lorsqu’elle descend d’un roi ou d’une femme qui est de l’épouse principale de ce roi. Par contre, une branche est dite volafotsy (Argent) lorsqu’elle descend d’un roi ou d’une femme qui n’était pas l’épouse principale de ce roi.